Une question revient souvent côté armateurs : « si je mets mon bateau en charter, ça couvre quoi exactement ? ». La réponse honnête : entre 60 et 110 % des charges annuelles, selon la taille, la disponibilité, et la qualité du programme. Voici les ordres de grandeur réels.
1. Le revenu brut potentiel
Sur la base de tarifs MYBA réels et d'un programme moyen (10 à 16 semaines de location haute et moyenne saison) :
- Catamaran 16 m : 25 000 €/semaine × 14 semaines = 350 000 € brut.
- Yacht moteur 22 m : 50 000 €/semaine × 12 semaines = 600 000 € brut.
- Yacht moteur 30 m : 110 000 €/semaine × 12 semaines = 1 320 000 € brut.
- Superyacht 40 m : 250 000 €/semaine × 10 semaines = 2 500 000 € brut.
2. Les charges à déduire
- Commission courtier MYBA : 15 % du revenu charter.
- Commission société de gestion : 5 à 8 % (si déléguée).
- TVA charter : prélevée sur le client, neutre pour l'armateur si déclaré correctement.
- Équipage : 25 à 40 % du revenu charter (salaires bonifiés en saison).
- Carburant, consommables, ports : refacturés au client via l'APA, neutre.
- Wear & tear : 5 à 10 % de revenu mis en réserve pour usure accélérée (linge, électronique, finitions).
3. Le résultat net réaliste
Sur un yacht moteur 22 m faisant 600 k€ brut en charter, le net armateur après commissions, équipage et réserve se situe autour de 320 à 400 k€. Sur la même classe de bateau, les charges annuelles fixes (équipage permanent partiel, place de port, assurance, entretien, hivernage, financement) tournent autour de 250 à 350 k€. Conclusion : le charter permet de couvrir l'essentiel des charges, voire dégage un excédent.
Mettre son yacht en charter, ce n'est pas une activité rentable en soi — c'est un mécanisme qui transforme un bateau coûteux en un bateau quasi-autofinancé, dont on garde 30 à 35 semaines d'usage privé par an.
4. Le programme fiscal — Commercial Use vs Private Use
Mettre un bateau en charter implique de basculer en usage commercial : pavillon adapté (souvent Malte, Caïmans, Marshall), structure de holding ad hoc, récupération de TVA sur l'achat dans certains montages. Ce n'est pas un détail — c'est ce qui fait la différence entre une opération rentable et une opération coûteuse.
5. Les contraintes opérationnelles
- Équipage professionnel certifié MCA, contrats encadrés.
- Conformité MLC 2006, sécurité, certifications charter (CE/PYC selon taille).
- Conservation du bateau dans un état impeccable — chaque retour de charter implique check-up complet.
- Disponibilité du bateau pendant les 14-16 meilleures semaines de l'année — votre usage privé tombe en mai-juin et septembre-octobre.
6. Quand mettre en charter — quand ne pas le faire
Mettre en charter a du sens si : le bateau fait > 18 m, vous utilisez le bateau < 6 semaines par an, vous acceptez de céder les meilleures semaines de l'été, et vous voulez optimiser les coûts d'exploitation. Cela n'a pas de senssi vous utilisez le bateau plus de 12 semaines par an ou si l'usure accélérée vous gêne.
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